La lumière avant les murs
Pourquoi nous commençons chaque projet par une journée d'observation, du lever au coucher du soleil, avant de tracer le moindre plan.
Par ALVENO
Avant de dessiner quoi que ce soit, nous passons une journée entière dans l'espace. Pas pour prendre des mesures — cela vient après — mais pour regarder la lumière s'y déplacer.
Ce que révèle une journée d'observation
À Casablanca, la lumière change de nature au fil des heures. Le matin, elle arrive rasante et blanche depuis l'Atlantique. En milieu de journée, elle tombe presque à la verticale et écrase les reliefs. En fin d'après-midi, elle se charge d'ocre et redessine chaque texture.
Un mur qui semble neutre à 10 h peut devenir le point le plus chaud de la pièce à 17 h. Un couloir qu'on pensait sombre reçoit parfois, pendant vingt minutes, un faisceau qui justifie à lui seul d'y placer une œuvre.
On ne conçoit pas un espace, on conçoit la façon dont la lumière va l'habiter.
Trois décisions que cela change
- L'orientation des volumes. Une cuisine ouverte à l'ouest demande un traitement radicalement différent de la même cuisine à l'est.
- Le choix des matières. Un plâtre lissé renvoie la lumière ; un enduit à la chaux la retient. Ce n'est pas une question de goût, mais d'heure.
- L'éclairage artificiel. Il ne vient pas remplacer le jour, il vient prolonger ce que le jour a commencé.
Un exemple concret
Sur un appartement du quartier Gauthier, l'observation a montré que le séjour ne recevait de lumière directe que deux heures par jour. Plutôt que de lutter, nous avons assumé la pénombre : tons profonds, matières mates, éclairage indirect chaud. L'espace y a gagné en caractère ce qu'il n'aurait jamais eu en clarté forcée.
C'est le genre de décision qu'aucun relevé de cotes ne peut suggérer.